La Seine-Saint-Denis, malmenée par le virus

On le sait, l’épidémie de Corona est meurtrière chez les personnes âgées. Pourtant, notre département de la Seine-Saint-Denis est à la fois le département le plus « jeune » de France métropolitaine  et celui qui a connu la hausse la plus considérable de la mortalité, ce printemps : par rapport à l’an dernier.
Les décès en mars-avril dans le 93 ont été multipliés par 2,2 [1] ! C’est davantage même que le département du Haut-Rhin, pourtant terriblement exposé, et très tôt.

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Que s’est-il passé ? Pourquoi le 93 a-t-il été si durement frappé par la maladie ?

Difficile de donner déjà toutes les explications  sur ce qui s’est passé. Mais il y a des hypothèses sérieuses.
Les métiers les plus exposés à la contagion, avec des risques élevés pour ceux qui les exercent et pour leur entourage, sont bien connus : les soignants évidemment, et toutes les professions où les contacts entre collègues ou avec un public sont nombreux (agents d’entretien, aides à domicile, personnels de la grande distribution, conducteurs de véhicules…). Cela recouvre de grands écarts selon le bulletin de paye [2] : 41 % des travailleurs figurant dans le quart inférieur des rémunérations font partie de ces « exposés » ; dans le quart supérieur, c’est 12 % seulement. Sans surprise, un département comme le nôtre, 92e de France pour son niveau de revenu [3], rassemble beaucoup de métiers à risque. Ceux que l’on appelle les premiers de tranchée ! Pour toutes ces raisons, le 93 aurait besoin de moyens importants dans les services de soin, et ce n’est pas le cas:

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Besoin de moyens supplémentaires d’autant que le 93 est un département sous médicalisé en termes de médecine de ville.

Les premiers bilans du Coronavirus révèlent de façon brutale les inégalités sociales

Exposés au travail, ces femmes et ces hommes peuvent évidemment l’être aussi dans les transports (bondés dans les quartiers populaires d’Île-de-France, avant le confinement), et dans leurs logements, puisque l’espace par personne varie fortement selon la catégorie sociale [4].

Ces risques plus grands d’être contaminés sont ensuite amplifiés par un risque plus grand de développer une forme grave de la Covid. Car les formes graves sont d’autant plus fréquentes que les personnes présentent des « co-morbidités » qui les rendent plus fragiles face au virus : le diabète, l’hypertension, l’obésité… autant de maladies qui portent la marque des conditions de vie, d’alimentation, de travail. Et voilà la Seine-Saint-Denis à nouveau mal placée : entre autres c’est le premier département de France métropolitaine pour la prévalence du diabète (1,5 fois la moyenne nationale).

On a raison de dire que le virus peut s’attaquer à n’importe qui, mais ses dégâts ont révélé de façon brutale les inégalités sociales – et territoriales – qui existaient bien avant, dans notre pays, pourtant, riche.

[1] « Coronavirus : une surmortalité très élevée en Seine-Saint-Denis » [archive], sur lemonde.fr, Le Monde, 17 mai 2020
[2] https://theconversation.com/covid-19-les-classes-populaires-paient-elles-le-plus-lourd-tribut-au-coronavirus-en-france-138190
[3] http://www.journaldunet.com/business/salaire/classement/departements/revenus?page=2
[4] https://www.inegalites.fr/La-surface-des-logements-selon-la-categorie-sociale

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