De vieilles pompes si confortables…

Démocratie et représentation locale
Démocratie et représentation locale

Les résultats des régionales étaient encore tout chauds. Le deuxième tour datait d’à peine 24 heures. Main sur le cœur et voix émue, les dirigeants politiques, notamment ceux du PS, s’étaient relayés pour clamer qu’après une telle secousse (l’abstention, les scores du FN, l’absence complète de la gauche dans deux régions…), il était temps de revoir de fond en comble des pratiques politiques aussi durement sanctionnées.

Dans une petite ville de la proche banlieue parisienne, le hasard du calendrier a voulu que se tienne alors un Conseil Municipal qui devait, entre autres, désigner les représentants de ladite ville au futur établissement intercommunal, qui allait se substituer au « Conseil d’Agglo » précédemment en place. La commune du Pré-St-Gervais – puisque c’est d’elle qu’il s’agit – disposait dans le Conseil précédent de huit représentants. Après les modifications des règles, elle n’en aurait plus que trois. Soit. Mais lesquels ?
Avec un minimum de goût pour la pratique démocratique, un brin de logique, deux sous de bon sens, on pouvait se dire que : 1) sur les huit « sortants », il y avait six membres de la majorité PS-PC, un élu de droite et un élu à Gauche Autrement, 2) ils avaient tous été élus au suffrage direct au moment des municipales de 2014, 3) il était certes normal que, sur les trois « nouveaux », il y en ait deux qui soient de la majorité, 4) mais que donc le troisième devait être d’une autre sensibilité, pour préserver au moins un peu la diversité des représentants.
Au moment du vote, le maire a indiqué et mis au vote ses propositions : lui-même, Martine Legrand, et Jean-Luc Decobert. Tous trois socialistes, tous trois installés aux responsabilités locales depuis des dizaines d’années avec des fonctions diverses. Rechaussons donc nos vieilles pompes, elles sont si confortables… !
Les élus des minorités (la droite, et à Gauche Autrement) ont argumenté, expliqué, insisté. S’agissant d’à Gauche Autrement, précisons que la désignation d’un élu de droite ne nous aurait pas semblé déplacée, puisque cette formation avait obtenu davantage de voix que nous aux municipales. Rien n’y a fait. Le maire a juste trouvé, comme réponse, cet argument imparable : les autres villes font de même, quelle que soit leur couleur. Puisque les communes se moquent, toutes ensemble, des besoins de vie démocratique, chacune sert d’excuse aux autres. Fin de l’épisode : les élus de droite et d’à Gauche Autrement n’ont pas participé à ce vote pré-ficelé, les élus PS-PC ont fait leur petit défilé de bulletins, dans un silence peut-être un peu embarrassé.
Ce qui est désolant, dans ce genre d’affaires, c’est d’abord qu’elles se répètent sans cesse, comme par un réflexe naturel de l’entre soi : on se souvient peut-être, au printemps, de ce deuxième tour d’élection départementale où les Gervaisiens et Pantinois ont trouvé un bulletin unique dans les bureaux de vote – sous le prétexte de « vaincre la droite et l’extrême-droite »… pourtant éliminées après le premier tour.
Et ce qui est grave, c’est l’état d’esprit que cela révèle. Le débat démocratique est pris comme une perte de temps, une source d’agacement, un risque. Ce devrait être au contraire l’objectif premier des responsables politiques : pour que les informations et les idées circulent, pour que les décisions soient discutées plus à fond donc mieux réfléchies, pour que les citoyens aient davantage conscience que leur avis compte. Osons dire que l’on devrait aussi trouver plaisir à débattre, voire à changer un peu de point de vue dans cet échange, un plaisir bien supérieur à la petite concertation feutrée entre éternels cumulards de l’autorité locale. Ce plaisir, on y viendra peut-être, le jour où les proclamations du genre « il est temps de revoir de fond en comble… » (voir ci-dessus) cesseront de n’être… que des proclamations.

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